Comment le soccer a aidé des jeunes nouvellement arrivés à trouver leur place dans le système sportif canadien

Le soccer est le sport le plus populaire au monde, et de nombreux jeunes nouvellement arrivés au Canada ont déjà une passion pour ce sport. Mais avoir cette passion et savoir comment s’y retrouver dans le soccer organisé d’un nouveau pays, ce sont deux choses bien différentes.

En 2023, Le sport c’est pour la vie s’est associé à la Winnipeg Newcomer Sport Academy (WNSA) et à la Ismaili Youth Soccer Academy (IYSA) de Burnaby, en Colombie-Britannique, pour tester si des expériences de partisanerie sportive pouvaient servir de passerelle. Le projet Newcomer Fanship a permis à 120 jeunes racisés nouvellement arrivés, âgés de 8 à 19 ans, d’assister à des matchs de soccer professionnel et universitaire, de participer à des séances de développement des habiletés et d’entrer en contact avec des clubs locaux, du personnel entraîneur et des organismes provinciaux de sport. L’Université Western Ontario a assuré le suivi des résultats, documentés dans le rapport du projet.

Pour bon nombre de participants, tout était nouveau. Pas seulement assister à un premier match de soccer professionnel, mais découvrir à quoi ressemble le sport organisé au Canada et comment y accéder.

« Mon premier match de soccer, apprendre à jouer, tout ça c’est arrivé ici, dans le programme », a raconté un participant de la WNSA. « Je n’avais jamais joué au soccer avant. »

« Quand tu es dans la foule, tu te sens lié à ta communauté », a confié un participant de l’IYSA. « Tu fais partie de quelque chose parce que tout le monde encourage ensemble. »

Le projet pilote s’est déroulé sur six mois en 2023. Aujourd’hui, 18 mois plus tard, les deux organismes ont mis à profit ce qu’ils ont bâti pendant cette période pour transformer durablement leur fonctionnement, leurs partenariats et la façon dont les jeunes nouvellement arrivés accèdent au sport dans leur ville.

WNSA : de l’extérieur du système à membres à part entière

Le changement le plus marquant à Winnipeg est structurel. Pendant le projet pilote, la WNSA fonctionnait en marge du système sportif provincial. Les services de Manitoba Soccer, la formation du personnel entraîneur et les structures de compétition lui étaient essentiellement inaccessibles. Ce n’est plus le cas.

« Nous avons réalisé qu’il serait à notre avantage de devenir membres de Manitoba Soccer », a expliqué Carolyn Trono, fondatrice et directrice générale bénévole de la WNSA. « Nous avons passé quelques mois à préparer la demande et nous sommes devenus membres. Ça nous a ouvert plusieurs portes. »

Ces portes comprennent l’accès à la formation du personnel entraîneur, l’accompagnement des directions technique et générale de Manitoba Soccer, et la participation à des festivals de sport de base. Neuf des entraîneuses de la WNSA font maintenant partie du programme TELUS She Can Coach. L’organisme a repensé sa programmation de soccer pour qu’elle soit adaptée au développement, avec une structure qui valorise non seulement les buts, mais aussi la communication, l’esprit sportif et le travail d’équipe.

Manitoba Soccer a joué un rôle proactif. La direction technique et la direction générale ont aidé la WNSA à cerner les obstacles et à naviguer dans le système. Du personnel de facilitation de l’apprentissage a travaillé directement avec le personnel entraîneur de la WNSA. Pour l’organisme provincial, cette relation donne des résultats concrets : une meilleure compréhension de ce dont les communautés de personnes nouvellement arrivées ont réellement besoin et un modèle fonctionnel pour y répondre.

« Je pense qu’on a beaucoup appris des deux côtés », a dit Trono. « Trouver des façons de collaborer plutôt que de rester rigides, trouver des façons de travailler ensemble pour rendre le sport plus ouvert. »

La WNSA élabore également un plan stratégique de trois ans pour son programme de soccer, avec la compétition accessible comme objectif central. Les formats de ligue habituels ne correspondent pas à sa réalité : ses participants n’ont pas toujours assez de joueurs du même âge pour former des équipes complètes. L’organisme conçoit donc une structure de compétition adaptée, tant au sein de son programme qu’entre les organismes du centre-ville, pour que les jeunes nouvellement arrivés puissent vivre des matchs significatifs malgré tout.

Le personnel entraîneur issu de la communauté en est un bon exemple. La WNSA compte maintenant un entraîneur d’origine afghane et une entraîneuse d’origine syrienne qui animent des séances avec les jeunes. Tous deux ont émergé grâce aux liens communautaires renforcés par le projet pilote. « Ils font monter le niveau d’enthousiasme chez les jeunes », a dit Trono.

Et les jeunes? Certains jouent dans leurs équipes scolaires. Quelques-uns se sont joints à des clubs locaux. D’autres arbitrent dans leurs écoles, et certains ont décroché des emplois auprès de la Ville de Winnipeg grâce aux compétences acquises dans le cadre de la formation en leadership jeunesse et en arbitrage de la WNSA. « Ils prennent les compétences de leur formation en soccer, en leadership jeunesse et en arbitrage, et les transforment en emplois rémunérés », a dit Trono.

La motivation s’étend aux familles. La WNSA a emmené un groupe de 30 à 40 personnes à un match du Valour FC l’été dernier. Le groupe a aussi assisté à des matchs de soccer de l’Université du Manitoba. « Ce n’est pas juste le match en soi, c’est faire partie de la communauté du soccer », a dit Trono. « Les parents aiment se retrouver dans un environnement avec d’autres Canadiens. C’est vraiment spécial. »

Rien de tout ça ne serait possible sans le réseau que la WNSA a bâti : des agences d’aide à l’établissement pour les références, des commissions scolaires pour le rayonnement, des organismes confessionnels comme les mosquées locales pour rejoindre les familles, le RecPlex de l’Université de Winnipeg et l’Université du Manitoba pour l’accès aux installations, Bon départ pour l’équipement, Sport Manitoba pour le financement bilatéral et la Ville de Winnipeg pour le transport. Le projet pilote n’a pas créé toutes ces relations, mais il a donné à la WNSA la crédibilité et la visibilité nécessaires pour les approfondir.

IYSA : croissance, pivot et intégration communautaire

À Burnaby, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au cours des trois années depuis le début du projet pilote (2022 à 2025), la participation au programme estival de l’IYSA a augmenté de 34 %. Son tournoi intérieur et sa clinique d’hiver ont connu un bond de 20 % sur la même période. La West Coast Cup, tenue pendant le congé des Fêtes, a attiré environ 300 participants et spectateurs.

« Ça a enflammé la communauté et l’intérêt grâce à cette subvention », a dit Imran, un leader de l’IYSA. « Et tout le monde est emballé par la Coupe du monde qui s’en vient. »

Le parcours de l’IYSA vers le système sportif provincial a pris une tout autre direction que celui de la WNSA. Sa demande de membership associé auprès de BC Soccer a été refusée en raison d’exigences documentaires et administratives. Plutôt que de stagner, l’IYSA a pivoté vers un partenariat avec le South Burnaby Metro Club, un organisme multisport sanctionné offrant le soccer, le basketball, le volleyball et le baseball. Grâce à ce partenariat, la communauté de l’IYSA a maintenant accès à des cours pour le personnel entraîneur, à la certification d’arbitrage, à du temps de terrain et à une participation subventionnée dans plusieurs sports. Et BC Soccer reste dans le portrait. « Ils savent maintenant qui nous sommes, et nous espérons que les discussions vont se poursuivre », a dit Imran.

La communauté elle-même a changé de façons que personne n’avait anticipées. L’un des changements les plus marquants a été l’intégration de la communauté centrasiatique au réseau élargi de l’IYSA. Des familles afghanes qui étaient restées à l’écart ont commencé à s’impliquer après que de jeunes membres de leur communauté se sont engagés par l’entremise des camps et des occasions d’entraînement du projet pilote.

Le tournoi de décembre de l’IYSA illustre bien ce changement. En 2024, environ 100 personnes y ont participé. En 2025, ce nombre a dépassé 160, avec une proportion importante provenant de la communauté centrasiatique. « Très spécial pour moi personnellement », a confié Amyn, un leader senior de l’IYSA.

Un participant se démarque. Un jeune homme avec sept frères et sœurs a d’abord découvert l’IYSA par l’entremise du projet de partisanerie, demandant régulièrement des billets pour toute sa famille pour assister aux matchs des Whitecaps. Cette expérience a allumé la flamme du soccer dans toute sa famille. Ses frères et sœurs arbitrent maintenant dans des ligues locales et jouent pour des clubs municipaux. Il a été sélectionné pour représenter le Canada aux Global Encounters Games à Dubaï (bien que des contraintes logistiques l’aient empêché d’y participer) et il fait du bénévolat comme entraîneur et organisateur à chaque événement de l’IYSA.

Un autre leader, Mustafa, a rallié la communauté centrasiatique de l’IYSA, a mis sur pied une équipe masculine inscrite dans une ligue locale de Burnaby et a utilisé le financement de la subvention pour devenir entraîneur et directeur technique certifié. Il a entraîné l’équipe féminine au tournoi Global Encounters à Dubaï. La langue a joué un rôle clé dans son impact : la communication sur le terrain se fait en dari, ce qui a permis aux familles afghanes de se sentir incluses d’une manière que la programmation uniquement en anglais ne pouvait pas offrir.

L’IYSA a également mis sur pied une équipe féminine inscrite dans la ligue adulte locale, et le Vancouver Rise, le nouveau club NWSL de la ville, a pris l’initiative d’établir des liens avec la communauté. « C’est formidable de pouvoir avoir cette connexion », a dit Imran.

Ce que cela signifie pour les organismes de sport

Pour les organismes provinciaux et nationaux de sport, la leçon de ce projet pilote est concrète : lorsque les organismes qui desservent les personnes nouvellement arrivées se connectent au système sportif, le résultat est des communautés plus fortes, plus de participation et plus de personnes actives pour la vie.

Canada Soccer a pris des mesures en ce sens. Son initiative Club+ comprend désormais une section « Nouveaux arrivants au Canada » qui offre aux clubs des outils et des ressources pour concevoir des programmes accueillants, alimentés par la recherche actuelle et les apprentissages de projets comme celui-ci. Canada Soccer a aussi adopté une politique d’ÉDI et finalisé un plan d’action IDÉA, tous deux accessibles sur son site web.

Les participants de la WNSA et de l’IYSA étaient déjà motivés. Ils aimaient déjà le soccer. Ce qui leur manquait, c’étaient des parcours clairs vers le système sportif organisé et des liens avec des personnes capables de leur ouvrir les portes. Une fois ces connexions établies, la participation a augmenté, la capacité d’entraînement s’est développée de l’intérieur des communautés et les organismes se sont davantage intégrés au sport organisé — pas moins.

Les obstacles auxquels ces organismes font encore face sont bien réels : des structures de compétition qui présument des effectifs standards, des processus d’adhésion conçus pour les clubs établis, des lacunes linguistiques dans le matériel de formation, et le défi persistant du transport et du financement. Mais les progrès réalisés en 18 mois démontrent que lorsque les systèmes sportifs font de la place aux organismes qui desservent les personnes nouvellement arrivées, tout le monde en sort gagnant.

Le sport c’est pour la vie poursuit ce travail par l’entremise du Parcours de développement à long terme par le sport et l’activité physique pour les participant·e·s néo-canadien·ne·s, de ressources communautaires pour les organismes qui desservent les personnes nouvellement arrivées, et d’un projet de soutien à 30 organismes en quête d’équité dans le sport. Le projet Wellness through Community Connections dans la grande région de Victoria, un partenariat avec l’Intercultural Association of Victoria et l’Université de Victoria, applique des principes similaires pour renforcer les liens sociaux des personnes nouvellement arrivées par le sport et l’activité physique.

Pour les organismes qui veulent se lancer, les points d’entrée ne sont pas compliqués : connectez-vous avec vos agences locales d’aide à l’établissement et vos partenariats locaux en immigration, identifiez les personnes nouvellement arrivées dans votre communauté et les sports qu’elles pratiquent déjà, et concevez votre première invitation en tenant compte de leur réalité. Le sport c’est pour la vie peut vous accompagner. Communiquez avec nous pour discuter de la façon d’appliquer ces approches dans votre communauté.

Ressources

Pour le personnel entraîneur, les leaders et les organismes qui travaillent avec les communautés de personnes nouvellement arrivées, Le sport c’est pour la vie offre :

Le projet Newcomer Fanship a été financé par le gouvernement du Canada. Le sport c’est pour la vie s’est associé à la Winnipeg Newcomer Sport Academy, à la Ismaili Youth Soccer Academy, à Canada Soccer et au Centre for Studies in Family Medicine de l’Université Western Ontario.

Regardez les vidéos d’impact du projet Newcomer Fanship pour entendre directement les participants et les leaders communautaires.

 

avant la fin du tarif hâtif pour l'IPLC 2026 à Toulouse, en France.

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