Le président-directeur général de Le sport c’est pour la vie préconise un modèle rectangulaire du développement à long terme par le sport et l’activité physique

C’est l’histoire toute simple de deux modèles : l’un de forme pyramidale et l’autre, rectangulaire

Traditionnellement, les programmes sportifs fonctionnaient selon un modèle pyramidal qui consistait, pour un sport donné, à débuter avec de nombreux enfants à l’échelle communautaire, puis à réduire le nombre en les éliminant progressivement, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que quelques-uns. Le but était de repérer les quelques enfants ayant le talent de représenter le pays et de lui rapporter de prestigieuses médailles. Ce modèle pyramidal est fondé sur l’exclusion, tandis que le modèle rectangulaire est fondé sur l’inclusion. Dans ce dernier modèle, les athlètes/participants participent en fonction de leurs capacités, et on leur offre la possibilité de changer de sport ou d’activité au lieu de les éliminer et de leur dire qu’ils ne sont pas assez bons pour jouer.

« En matière de cadre ou de modèle de développement des athlètes, tout se résume en fait à deux types de figures : une pyramide versus un rectangle. Dans les années 1960, les modèles proposés étaient principalement triangulaires ou pyramidaux. Aujourd’hui, nous voulons actualiser la réflexion sportive, et c’est pourquoi Le sport c’est pour la vie a créé le rectangle du développement à long terme de l’athlète », explique Richard Way, directeur général de Le sport c’est pour la vie, dans ses nombreuses conférences autour du monde.

« Le modèle en pyramide ne considère qu’un moment dans la vie d’une personne; et ne concerne qu’un seul sport. En revanche, le modèle rectangulaire tient compte du parcours du participant tout au long de sa vie, et il est construit de façon à prendre en compte les différentes expériences de vie. »

Selon Richard Way, l’inclusion est indispensable et tout programme sportif de qualité devrait donc être conçu de façon à favoriser le plaisir et l’amour de l’activité, et ce, pour le plus grand nombre de personnes possible. Plutôt que de viser à exclure des membres dans les équipes de compétition de différents niveaux, les organismes sportifs doivent accueillir quiconque souhaite s’engager dans son sport, et offrir à ces personnes les occasions de participer au niveau qui leur convient. Cela aidera non seulement la personne à développer sa littératie physique et à améliorer sa santé à long terme, mais cela augmentera aussi le nombre de participants dans le sport. Certes, cette façon de faire peut d’abord sembler contre-intuitive pour ceux qui sont d’une école de pensée traditionnelle, car le sport a toujours été conçu de façon à éliminer un grand nombre de participants et ne conserver qu’un petit nombre de privilégiés. Sauf qu’il y a des façons de rendre le sport plus inclusif en réformant l’entraînement et le système de compétition, et en mettant en œuvre des politiques fondées sur l’inclusion, et non sur l’élimination.

« Lorsque les programmes sont conçus en fonction d’un modèle en rectangle, cela amène les organismes à respecter les participants, peu importe où ils en sont dans leur cheminement, et sans égard à leur niveau d’habileté. Ceux qui n’ont pas l’aspiration ou la capacité de réussir sur la scène internationale auront quand même la possibilité de participer et de faire de la compétition au niveau approprié. Quant à ceux qui ont l’espoir et la capacité de s’engager dans un cheminement de haut niveau, ils pourront non seulement être dirigés vers un parcours qui les mèneront à des réussites sur le plan international, mais se verront aussi offrir la possibilité de participer à des activités après la fin de leur carrière compétitive, peu importe le niveau qui leur conviendra alors. Ce n’est pas parce qu’un athlète ne remporte plus de médailles pour son pays qu’il doit cesser de faire du sport. »

Afin que cette approche en rectangle rejoigne le plus grand nombre de personnes possible, Richard Way souhaiterait qu’elle soit intégrée au système scolaire. Si les écoles se tournent vers une approche pyramidale, cela mènera à la recherche de personnes talentueuses… et à l’exclusion de tous les autres. Le modèle rectangulaire, quant à lui, encourage tous les participants à développer leur littératie physique pour la vie ».

« J’ai visité des gymnases au Canada où plus de 50 filles du secondaire participaient aux essais dans un sport, alors qu’il n’y avait qu’une équipe pour ce sport. Ce sont donc 40 filles qui souhaitent construire des liens sociaux sains en pratiquant un sport, mais qui ont reçu comme message qu’elles n’étaient pas assez bonnes, car en raison de ce modèle pyramidal, elles se sont vues exclues. C’est tellement faire preuve d’une vision à court terme. Certaines de ces filles auront leur poussée de croissance l’année prochaine et auraient donc pu être des athlètes de haut niveau si on leur en avait donné la chance. Et ça ne s’arrête pas là! Dans 15 à 20 ans, bon nombre de ces filles seront des mères qui garderont en mémoire cette expérience négative… et elles ne voudront probablement pas que leurs enfants expérimentent la même chose. Ça ne fait aucun doute : le fait que le modèle pyramidal cherche à exclure les enfants dans le but de gagner est réellement une vision à très court terme. Nous devons garder le plus grand nombre d’enfants possible, et ce, le plus longtemps possible dans les programmes sportifs de qualité. »

 

Selon Richard Way, la clé consiste à tenir compte des parcours idiosyncrasiques en reconnaissant que chaque athlète est différent, et qu’il expérimentera donc le sport et l’activité physique de différentes façons. Il est essentiel d’adopter une approche multisports qui offrira aux personnes la base pour participer aux sports qu’ils affectionnent le plus, tout en les aidant à développer la littératie physique qui leur permettra d’expérimenter et de profiter de toutes sortes d’activités physiques. C’est ce que propose le modèle rectangulaire.

Lors de l’élaboration d’un modèle rectangulaire, Richard Way croit qu’il est essentiel de le concevoir en fonction des marqueurs biologiques et de l’habileté plutôt que de l’âge. Ces facteurs tiennent compte des besoins uniques de chaque personne. De plus, pour vraiment mettre le modèle rectangulaire en pratique, il faut considérer le milieu du sport et de l’activité physique comme un tout, et non pas comme des vases clos.

L’objectif général est de créer une société en santé, mais cela ne veut pas dire que les exploits sportifs seront mis de côté. L’approche que préconise Richard Way a souvent suscité des réactions de la part des professionnels qui travaillent dans le milieu de la haute performance. Ils ont souvent l’impression que cette approche ne les concerne pas, pas plus que leurs athlètes. Sauf qu’aujourd’hui, après 15 ans de promotion du modèle rectangulaire, on constate de nombreux exemples de sports qui connaissent du succès à l’international tout en naviguant à contre-courant de cette tendance à exclure les participants.

Grâce à une approche qui favorise le modèle rectangulaire, le sport peut contribuer à une société saine tout en remportant de prestigieuses médailles.

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