Le Dr John Cairney explore l’impact de la pandémie sur la littératie physique

Dr John Cairney à la Conférence internationale de la littératie physique 2019

Nul doute que la pandémie de la COVID-19 a perturbé les modèles traditionnels de prestation de sports et d’activités physiques. En revanche, selon le Dr John Cairney, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Au cours d’un webinaire qu’il a animé en collaboration avec Le sport c’est pour la vie au début juin, et qui a attiré près de 1 000 participants de partout dans le monde, il a discuté des façons dont les organismes aux quatre coins de la planète se sont adaptés, tout en encourageant les participants à faire pareil.

« Nous devons voir la situation comme une occasion de faire preuve d’innovation. D'ailleurs, les perturbations majeures ont souvent poussé les gens à innover. Pensons à la Seconde Guerre mondiale, et à toutes les nouveautés industrielles et technologiques qui en ont découlé. La situation actuelle comporte en fait de nombreuses similarités avec cette époque », a déclaré John Cairney, qui parlait depuis l’Université du Queensland à Brisbane, en Australie. Il y est actuellement professeur et directeur de la Head of School for Human Movement and Nutrition Sciences.

« Nous faisons fausse route si nous pensons que ces innovations cesseront après la COVID-19 », a-t-il exprimé.

Au cours du webinaire, John Cairney a remis en doute l’idée selon laquelle le fait d’offrir de l’activité physique en ligne était temporaire. Il a plutôt avancé qu’une sorte de modèle hybride allait faire son chemin dans l’avenir. Par exemple, il a fait remarquer que de nombreuses femmes qui se rendaient dans des établissements de conditionnement physique ont déclaré préférer s’entraîner à la maison. Il croit que chaque secteur devra réfléchir à cette « nouvelle norme », en essayant de percevoir la richesse qui pourrait se trouver sous nos yeux dans les modes de prestations actuels. Citant l’écrivain américain Dale Carnegie, il a déclaré que « la plupart des choses importantes dans le monde ont été accomplies par des gens qui ont continué d’essayer alors qu’il ne semblait y avoir aucun espoir ».

En citant des exemples comme le défi Nike Living Room et les activités en ligne offertes par Peloton® Bike, John Cairney a louangé les entreprises qui ont su trouver de nouvelles façons de promouvoir la littératie physique et de mobiliser les gens depuis le confort de leur foyer. Il a fait remarquer que l’éducation a fait un virage relativement facile vers la vidéoconférence et que le système de santé a constaté une augmentation importante de l’utilisation des services de télésanté.

« Quel que soit le secteur ou le domaine dans lequel nous travaillons, nous travaillons avant tout pour des personnes. Que nous soyons l’entraîneur d’un athlète ou un travailleur dans le réseau de la santé publique, nous travaillons avec et pour les gens. Nous utilisons les technologies pour communiquer avec les intervenants, mais comment voyons-nous le numérique? Comme un outil essentiel, ou comme quelque chose d’agaçant, parce nous préférerions interagir face à face? », a-t-il demandé.

Quelle que soit la solution, il y a beaucoup d’argent en jeu. John Cairney a fait remarquer qu’à l’échelle mondiale, ce sont 756 milliards de dollars qui sont dépensés dans l’écosystème sportif. Étant donné que la majeure partie de l’industrie est provisoirement au point mort, cela laisse amplement le temps aux organisations de modifier leurs offres de services pour ainsi recevoir leurs parts de ces montants. Il a toutefois ajouté qu’il est important de veiller à ce que « les clients ne vivent pas une expérience de second ordre ».

« Il est clair que les innovations qui ont été mises en place rapidement n’ont pas toutes fonctionné, et que ce ne sont pas toutes des pratiques à conserver. Toutefois, des questions importantes ont été soulevées, et nous constatons des faiblesses dans nos façons de faire, lesquelles ont été mises en lumière par le contexte actuel. Nos hypothèses quant aux modes de mobilisation à privilégier ont vraiment été bousculées », a-t-il soutenu.

« Je ne cherche pas ici à faire avancer un point de vue en particulier. Je ne fais que stimuler l’imagination et poser des questions comme : « À quoi pourraient ressembler des modèles de pratique hybrides? Comment les concevez-vous? ».

En fin de compte, il croit que le travail qui s'accomplit maintenant profitera à tous les secteurs à long terme.

« Nous considérions la technologie comme quelque chose d’intéressant et d'attrayant. Nous envisagions de peut-être faire le saut. Ce que je vous dis aujourd’hui, c'est qu’il est impératif de ne pas manquer le bateau. Je ne prétends pas qu’il y aura une autre pandémie comme la COVID-19, du moins pas avant longtemps, mais le secteur du sport et du conditionnement physique connaîtra d’autres perturbations. Nous devons donc nous demander si nous sommes prêts à les affronter. Nous devons rapidement mettre la technologie à profit, et réfléchir à la façon de rattraper le retard. »

L'enregistrement du webinaire est disponible ici.

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