Comment s’assurer que les filles récemment immigrées s’impliquent dans le sport et la littératie physique ?

Lorsque Simrit Deol, chercheuse en littératie physique, s’est d’abord penchée sur les obstacles auxquels se heurtent les nouvelles arrivantes lorsqu’elles souhaitent s’engager dans le sport et la littératie physique au Canada, ses sujets ont utilisé une expression particulière pour décrire le statu quo : « la même chose, la même machine ». Bon nombre d’entre elles se sont heurtées à des obstacles sociétaux et personnels, et la plupart ont déclaré avoir du mal à se faire de nouvelles amies.

« Les filles ont dit avoir de la difficulté à trouver des environnements et des endroits plus sécuritaires où elles pourraient faire de l’activité physique. Plus précisément, elles estimaient que les versions occidentalisées de l’entraînement et de l’exercice n’étaient pas les formes d’activité souhaitées, mais également qu’il s’agissait des seules possibilités à leur disposition dans la sphère publique », a déclaré Mme Deol à Le sport c’est pour la vie.

Mme Deol a été l’une des présentatrices de la conférence internationale Le sport c’est pour la vie de 2019 cette année et a partagé avec les déléguées les résultats de sa recherche à l’Université du Manitoba sur les meilleures façons d’impliquer les filles nouvellement arrivées. L’une des principales choses qu’elles ont exprimées était l’importance de trouver une amie après leur arrivée, disant que c’était un soutien social important qui les aiderait à s’intégrer socialement. Elles ont déclaré se sentir isolées, exclues et incomprises.

« Les filles ont également discuté de leurs possibilités de faire de l’activité physique en dehors du contexte scolaire, où elles avaient l’impression d’avoir plus de choix pour participer à une variété d’activités. Les participantes ont vraiment apprécié l’influence des parents en tant que système de soutien important, procurant aux filles de bons exemples de modèles, des encouragements et des supporteurs. »

Mme Deol a été surprise d’entendre les filles parler de cours d’éducation physique réservé aux filles, les qualifiant de « fitness féminin ». Elles étaient enthousiasmées par cette façon de faire, parce qu’elle leur donnait l’occasion de se vêtir et de bouger à l’abri du regard des garçons et des hommes. Cependant, elles trouvaient aussi que c’était trop « axé sur l’entraînement », sans socialisation et sans plaisir. Elles appréciaient la façon dont l’activité pouvait transformer leur apparence, mais ne trouvaient pas qu’il s’agissait d’une façon agréable d’être active.

« Les classes d’éducation physique réservées aux filles peuvent être appréciées par les filles parce qu’il n’y a que des filles , mais elles ont besoin de plus que cela. Nous devons tenter de développer la motivation intrinsèque des jeunes filles à faire de l’activité physique en leur offrant des espaces qui favorisent les choix et l’autonomie, et l’interaction avec leurs amies et compagnes », a-t-elle mentionné.

Mme Deol a travaillé avec des populations d’immigrants et de réfugiés à Winnipeg et à Chicago, expériences qui ont contribué à identifier ses intérêts de recherche. Même si elle n’était pas immigrante elle-même, elle a découvert qu’en tant que Canadienne Pujabi de deuxième génération d’à peu près le même âge, elle sentait qu’elle pouvait s’identifier à eux. Elle a dédié tout son travail à sa mère, Palwinder Kaur Deol, qui a quitté l’Inde pour le Canada au milieu des années 1980.

« Les recherches antérieures ont traité de l’expérience des femmes en matière de sport, de loisirs et d’activité physique, et nous sommes particulièrement conscients des nombreux obstacles et facilitants qui peuvent soutenir ou décourager les jeunes filles à être actives. Ma recherche visait à combler une lacune qui existe dans la recherche actuelle, où le narratif de la jeune fille immigrée est souvent ignoré. »

Mme Deol estime qu’une compréhension de l’intersectionnalité est essentielle pour mobiliser les jeunes nouvelles arrivantes et les raisons pour lesquelles elles pourraient se sentir exclues du sport et de l’activité physique.

« Bien qu’il ait été démontré qu’il existe un lien entre les jeunes immigrants et les jeunes nés au Canada qui font face à des défis semblables en matière de développement identitaire, les jeunes immigrants doivent également faire face à un ensemble unique de défis en raison de la réinstallation, de l’adaptation, des pressions d’assimilation et d’intégration dans leur nouvelle société, et ces circonstances uniques méritent notre attention, a-t-elle dit. »

« En utilisant l’intersectionnalité, nous pouvons reconnaître et comprendre la complexité des identités qui se chevauchent et la façon dont cela affecte les expériences des filles immigrantes au sein des structures sociales plus larges, comme la santé et l’éducation, et cela fait progresser la recherche pour présenter les structures des inégalités et influencer positivement les projets de saines habitudes de vie dans la bonne direction. »

Puisque le Canada compte l’une des proportions les plus élevées de nouveaux immigrants dans le monde, on a salué sa volonté d’accepter ces populations. Mais malheureusement, on constate souvent des déclins sur le plan de la santé physique et mentale deux ans à peine après leur arrivée. Mme Deol croit que les expériences d’activité physique sont une belle avenue pour prévenir cette situation.

Une des directrices de Le sport c’est pour la vie, Andrea Carey, a été impressionnée par la présentation de Mme Deol à l’IPLC et a applaudi son travail en faveur de l’inclusion. C’est d’ailleurs sur ce sujet qui deviendra de plus en plus pertinent dans les années à venir qu’elle présentera lors de la toute première conférence IPLC Europe, qui se tiendra en Suède plus tard cette année.

« Comme l’a dit notre conférencière principale, Catherine Carty, nous ne pouvons pas aller de l’avant ensemble si nous laissons qui que ce soit derrière nous. Le travail que Simrit a réalisé avec les nouvelles arrivantes nous aidera à comprendre les nuances de la meilleure façon de soutenir ces membres incroyablement importants de notre société et de les accueillir dans nos communautés à l’avenir ».

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