Ce que les arts du cirque ont appris aux chercheuses et chercheurs sur la littératie physique

Un groupe d’enfants à Montréal a passé ses cours d’éducation physique à apprendre à jongler, à se balancer sur un trapèze et à maintenir l’équilibre sur un rola bola, plutôt que de suivre les activités habituelles de gymnase. Le programme était offert en partenariat avec l’École nationale de cirque de Montréal. À la fin d’un semestre, les chercheuses et chercheurs ont évalué les habiletés des enfants — non pas leurs habiletés circassiennes, mais les habiletés motrices fondamentales qu’on s’attendrait à voir développées dans tout cours d’éducation physique : course, lancers, équilibre et coordination.
Les enfants du groupe cirque ont surpassé ceux du groupe d’éducation physique régulière. Les élèves de 5e année du programme de cirque ont obtenu de meilleurs résultats pour 15 des 18 habiletés motrices. Les élèves de 4e année ont obtenu de meilleurs résultats pour 7 des 18. Et les effets dépassaient la compétence physique. Les élèves du groupe cirque ont aussi démontré une plus grande confiance, une meilleure compréhension de la terminologie du mouvement et une participation accrue à des activités physiques en dehors du cirque.
C’est l’effet de transfert, et il importe à toutes les personnes qui travaillent en littératie physique.
Ce qui s’est passé dans l’étude
L’équipe de recherche comprenait le Dr Dean Kriellaars aux côtés du Dr John Cairney, du Dr Marco Bortoleto, de Tia K. M. Kiez, du Dr Dean Dudley et de Patrice Aubertin. L’étude a été menée en partenariat avec l’École nationale de cirque de Montréal et publiée dans le Journal of Teaching in Physical Education en 2019. En comparant des enfants de 4e et de 5e année d’écoles publiques francophones de la région de Montréal, les chercheuses et chercheurs ont apparié deux groupes d’écoles selon leur statut socioéconomique. Un groupe de 101 enfants a reçu un enseignement des arts du cirque en éducation physique; l’autre groupe, composé de 110 enfants, a suivi le programme d’éducation physique standard. Les activités circassiennes comprenaient le jonglage, le rola bola, le diabolo, le trapèze, les bâtons fleuris et bien d’autres. Les écoles du groupe standard ont suivi le même calendrier avec leur programme habituel.
Pour mesurer les résultats, l’équipe de recherche a utilisé trois des Outils PLAY développés par Le sport c’est pour la vie : PLAYhabiletés, PLAYjeune et PLAYregistre, en collectant des données auprès d’évaluatrices et d’évaluateurs formés ainsi qu’auprès des enfants eux-mêmes.
Les deux groupes ont amélioré leurs compétences motrices au cours du semestre, mais le groupe cirque a enregistré des progrès nettement plus importants. L’écart entre les genres en matière de compétences motrices était également plus faible dans les écoles de cirque, avec des bénéfices particuliers pour les filles, probablement attribuables au caractère inclusif et participatif du cirque, où les activités et l’environnement d’apprentissage diffèrent de ceux du sport traditionnel.
Pourquoi cela importe pour la littératie physique
La littératie physique, c’est la motivation, la confiance, la compétence physique, la connaissance et la compréhension nécessaires pour valoriser l’engagement dans des activités physiques tout au long de la vie et en prendre la responsabilité. Cette recherche démontre que le type d’expérience de mouvement importe autant que la quantité.
La plupart des programmes de littératie physique reposent encore sur une approche axée sur le sport. C’est une base importante, mais ce n’est pas le seul chemin, et ce n’est peut-être pas suffisant en soi. Les arts du cirque touchent à des dimensions que le sport traditionnel manque souvent. Les participantes et participants apprennent à se produire pour un public, et non pas seulement devant lui. Ils et elles développent la créativité, l’expression, la prise de risque, la confiance et la persévérance en parallèle avec leurs habiletés physiques. Les activités sont suffisamment nouvelles pour que presque tous les enfants partent sur un pied d’égalité — sans avantage découlant d’années de hockey ou de soccer — ce qui change la façon dont se construit la confiance.
Cela s’aligne directement avec ce que nous dit le Développement à long terme par le sport et l’activité physique : des expériences de mouvement variées construisent une base plus solide de littératie physique. La spécialisation hâtive rétrécit cet éventail. Un répertoire riche et diversifié l’élargit.
Ce que cela signifie pour vos programmes
Si vous êtes responsable des loisirs, membre de la direction scolaire, responsable du sport communautaire ou entraîneuse ou entraîneur, cette recherche soulève une question pratique : les expériences de mouvement dans vos programmes sont-elles suffisamment variées pour développer l’ensemble des dimensions de la littératie physique?
Cela ne signifie pas que chaque programme a besoin d’un trapèze. Cela signifie plutôt qu’il faut se demander si les participantes et participants bénéficient d’assez de variété dans les mouvements qu’ils et elles exécutent, dans les environnements où ils et elles bougent, et dans la façon dont on leur demande d’utiliser leur corps. Un programme de loisirs communautaires qui alterne entre le basketball, la danse et les arts martiaux au fil d’une saison construit un répertoire de mouvements plus large que celui qui propose du basketball toute l’année. La danse, le théâtre, le cirque, les arts martiaux, le plein air : ces activités ne sont pas des alternatives au développement de la littératie physique. Elles font partie du développement de la littératie physique.
Le lien avec les outils PLAY
Ce n’est pas un hasard si les outils PLAY se trouvaient au cœur de cette recherche. Le Dr Dean Kriellaars, qui a dirigé l’étude sur le cirque, est le même chercheur qui a développé les outils PLAY en collaboration avec Le sport c’est pour la vie. Lorsqu’il a eu besoin de mesurer si une approche artistique développait réellement la littératie physique, il a utilisé les outils qu’il avait lui-même conçus à cette fin.
PLAYhabiletés a mesuré les compétences motrices en couvrant 18 habiletés fondamentales. PLAYjeune a capté la perception que les enfants avaient de leur propre littératie physique. PLAYregistre a suivi leur participation à des activités au-delà du programme. Ensemble, ces outils ont montré non seulement que les enfants du groupe cirque bougeaient mieux, mais qu’ils et elles se sentaient mieux dans le mouvement et choisissaient de bouger davantage.
C’est ce que l’observation de la littératie physique devrait faire : voir l’enfant dans sa globalité, pas seulement ses résultats physiques.
Explorez les outils PLAY à outilsplay.litteratiephysique.ca.
Notes
Dean J. Kriellaars, John Cairney, Marco A. C. Bortoleto, Tia K. M. Kiez, Dean A. Dudley et Patrice Aubertin, « The Impact of Circus Arts Instruction in Physical Education on the Physical Literacy of Children in Grades 4 and 5 », Journal of Teaching in Physical Education 38, no 2 (2019) : 162–70. https://doi.org/10.1123/jtpe.2018-0269
Lisa M. Barnett, Rea Dennis, Kate Hunter, John Cairney, Richard J. Keegan, Inimfon A. Essiet et Dean A. Dudley, « Art Meets Sport: What Can Actor Training Bring to Physical Literacy Programs? » International Journal of Environmental Research and Public Health 17, no 12 (2020) : 4497. https://doi.org/10.3390/ijerph17124497

