Atténuer les conséquences du retranchement des jeunes dans le sport : Existe-t-il de meilleures pratiques? (Dr. Lauren Sulz)

Dr. Lauren Sulz, Université de l’Alberta

Dr. Louise Humbert, Université de la Saskatchewan

Dr. Doug Gleddie, Université de l’Alberta

La pratique du retranchement, ou de la coupure d’athlètes par des équipes sportives, soulève bien des débats dans le domaine du sport chez les jeunes. Que vous pensiez que le processus de sélection des équipes « reflète la réalité de la vie », « rend les enfants plus solides » ou, au contraire, « les désintéresse du sport » ou « fait la promotion de l’élitisme », le retranchement fait partie de l’environnement sportif d’aujourd’hui. La réduction des effectifs d’une équipe est souvent liée à l’insuffisance des ressources, les contraintes budgétaires, le manque d’entraîneurs et le souhait d’être compétitif. Pourtant, bien que cette démarche soit cruciale, nous en savons peu sur les façons optimales de communiquer les décisions de sélection aux potentiels athlètes. Nous avons donc recueilli des informations auprès de jeunes athlètes (13-18 ans) qui ont déjà été retranchés par une équipe sportive, de leurs parents, des entraîneurs et directeurs sportifs grâce à des entretiens individuels (52 participants) et des questionnaires en ligne (1667 participants). Nous voulions plus précisément comprendre les expériences vécues par les athlètes retranchés et trouver des stratégies pour aider les entraîneurs avec ce processus délicat et stressant pour tous les acteurs concernés.

Être retranché : l’impact sur les jeunes athlètes

Les jeunes qui n’ont pas été retenus par une équipe sportive ont vécu des conséquences sociales, émotionnelles et physiques. Leur cercle social a changé, leur identité a été remise en question et leur estime de soi en a été affectée. Cette exclusion a aussi dissuadé ces jeunes de continuer à pratiquer ce même sport. Lorsque les athlètes ne peuvent corriger la raison de cette décision, soit parce qu’ils n’ont pas reçu de rétroaction spécifique (ex. : liste affichée), ou parce qu’ils ne peuvent contrôler la cause (ex. : « tu n’es pas assez grand »), les conclusions ont démontré que les athlètes sous-estiment leurs habilités et envisagent des échecs futurs dans ce sport. Ces résultats soulignent l’importance de la façon dont les entraîneurs communiquent les résultats du processus de sélection aux athlètes qui n’ont pas été retenus.

Y a-t-il de meilleures solutions?

Les entraîneurs ont utilisé plusieurs méthodes pour annoncer les décisions aux joueurs : affichage d’une liste, appels téléphoniques, courriels, communications écrites et entretiens individuels. Peu importe la méthode utilisée, nous avons identifié quatre facteurs qui peuvent améliorer l’expérience du retranchement :

  • Rapidité – Informer les athlètes le plus rapidement possible après la dernière évaluation : éliminer le temps d’attente.
  • Intimité – Informer les athlètes dans un endroit privé et tenir compte des médias sociaux (p.ex. les joueurs qui prennent les listes affichées en photo et les partagent sur Facebook).
  • Encouragement – Suggérer d’autres alternatives et les encourager pour qu’ils continuent à participer à des activités sportives (p.ex. organisations communautaires).
  • Attentes – Soyez clairs et directs au sujet des attentes liées aux évaluations et des procédures de retranchement avec les athlètes et les parents. Envoyez idéalement une lettre à domicile pour expliquer comment et quand les coupures seront effectuées.

Pour aider les athlètes à gérer le fait d’être coupé, la principale recommandation est de fournir clairement les raisons justifiant la décision. L’entretien individuel entre le joueur et l’entraîneur est la meilleure pratique suggérée. Les jeunes ont aussi proposé des méthodes dans le but de peaufiner les discussions joueur-entraîneur :

  • Énoncer le résultat de l’évaluation dès le début de la discussion.Les entraîneurs commencent parfois une conversation de façon positive par : « tu as bien performé lors des essais » ou « tu t’es vraiment amélioré » (n’oublions pas que c’est aussi difficile pour eux!). En plus de dérouter l’athlète, ce processus lui donne de faux espoirs. Les jeunes ont recommandé de commencer avec une phrase simple et directe énonçant le résultat de l’épreuve, comme « je suis désolé, tu n’as pas fait l’équipe ».
  • Leur dire pourquoi. Donnez des raisons précises qui justifient la décision. Évitez les explications impersonnelles générales du type « il y a beaucoup de bons joueurs pour le poste qui te concerne ».
  • Formuler des commentaires constructifs. Les commentaires du type « tu n’es pas assez grand » les découragent à pratiquer ce sport dans le futur. Si un athlète comprend que la raison pour laquelle il n’a pas fait l’équipe est une caractéristique impossible à changer, il sera moins porté à croire qu’il a les compétences pour faire ce sport.
  • Écrire les résultats. Pendant les conversations avec leur entraîneur, les joueurs sont souvent inquiets et tendus, ils oublient parfois ce qui a été dit. Les commentaires écrits, quoiqu’ils prennent du temps à rédiger, permettent aux athlètes de consulter à nouveau les commentaires/suggestions de l’entraîneur, et même de les partager avec leurs parents.

Du temps pour réfléchir

La pratique du retranchement et le choc qu’il provoque chez les jeunes athlètes continueront probablement à faire partie du sport chez les jeunes. En tant qu’entraîneurs, directeurs athlétiques et gestionnaires d’organisations sportives, il est important de réfléchir sur les pratiques actuelles de sélection des équipes et d’identifier les éléments que nous pouvons améliorer. Les entraîneurs font face à des défis logistiques (p.ex. nombre élevé d’athlètes aux essais) qui limitent la capacité d’intégration des meilleures pratiques. L’effort et le temps supplémentaires pour expliquer les décisions et diriger les jeunes qui n’ont pas été retenus peuvent toutefois faire la différence pour qu’ils continuent à participer à des activités sportives. En intégrant des pratiques de retranchement respectueuses, justes et encourageantes aux yeux des athlètes, nous pouvons créer une expérience qui soutient l’implication des jeunes dans le sport, et non à l’interruption de ces activités. Après tout, ne voulons-nous pas que plus d’enfants jouent?

Si vous voulez partager vos expériences sur le retranchement des jeunes dans le sport ou si vous avez des questions ou des commentaires sur ce problème, veuillez contacter Dr Lauren Sulz à lsulz@ualberta.ca. Vous pouvez également la suivre sur Twitter : @Lauren_Sulz.


Dr. Lauren Sulz est professeur auxiliaire au Département de l’enseignement secondaire à l’Université de l’Alberta. Ses principaux travaux de recherche sont axés sur les stratégies en milieu scolaire pour la promotion de modes de vie actifs et sains chez les enfants et les jeunes. Plus particulièrement, elle collabore avec des professeurs, des chercheurs et des intervenants communautaires afin d’améliorer les comportements des étudiants pour tout ce qui touche à l’activité physique et à leur bien-être grâce à des changements aux programmes, politiques et environnements scolaires.

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